À Saint-Lyphard se cache une bière 100 % brièronne
Claude, brasseur depuis plus de vingt-cinq ans se rapproche de plus en plus des producteurs locaux. Il expérimente actuellement un fromage affiné à la bière.
Installés depuis bientôt dix ans à Saint-Lyphard, Isabelle et Claude Thiery pensent et produisent leur bière.
L'endroit est surprenant. Une maison brièronne typique, au Nézyl, lieu-dit de la commune de Saint-Lyphard. Le toit en chaume, les volets bleus.
À deux pas, un long bâtiment qui ne paye pas de mine, à peine masqué par quelques arbustes. En face, deux tables en bois. Pour y accéder un long chemin accidenté. C'est là qu'Isabelle et Claude Thiery ont décidé d'ouvrir, il y a neuf ans la Brasserie de la Brière. « Un coup de coeur » pour la région se souvient Claude. Il ambitionnait pourtant de reprendre la brasserie ardennaise « qui me servait de terrain de jeu quand j'étais petit. » Mais la nostalgie de ses Ardennes natales n'y a rien fait.
En vacances à La Turballe, ils apprennent qu'une maison est à vendre à quelques kilomètres. « Nous nous sentions bien. Nous avons fait le grand saut. » Ils débarquent avec leurs propres cuves, en cuivre et en fonte. Et lancent la Brasserie de la Brière.
Globe-brasseurs
Pour ces brasseurs globe-trotters, changer d'air est devenu une question d'habitude. L'Est, la région parisienne, le Nord. Pendant leurs jeunes années, ils multiplient les expériences, puisent dans les terroirs locaux des nouvelles inspirations pour leurs breuvages.
À leur arrivée à Saint-Lyphard, en 1999, ils jouent pourtant la carte de l'humilité. « Nous sommes repartis de zéro ». Les bases sont là. « Mais il existe ici un esprit régionaliste. Nous ne pouvions pas passer à côté. »
Dans sa brasserie, Claude Thiery se remet à la tâche, expérimente. Il crée de nouvelles recettes, forcément « pur malt avec un goût bien prononcé. »
Dans son monde
Aujourd'hui, il commercialise cinq bières différentes. La dernière d'entre elles, une blonde, parfumée au caramel au beurre salé.
Il écoule sa production annuelle (35 000 litres) « à 80 % grâce à la vente directe, au magasin ou sur les marchés. » Rien à voir avec les quantités produites par les gros brasseurs industriels. « Entre eux et nous, ce sont deux mondes différents. »
Gérer la crise
En moyenne, un Français boit 35 litres de bière par an. « Avec ma production je ne peux satisfaire qu'un millier de personnes », dit-il en riant. Mais pour rien au monde, il ne troquerait son statut de brasseur indépendant.
Sa clientèle se compose essentiellement de connaisseurs. « Des gens qui ne conçoivent pas la bière seulement comme un moyen de se désaltérer, mais aussi et surtout comme un plaisir. »
Une fidélité qui lui fait croire à des lendemains qui chantent. Le marché de la bière ne se porte pourtant pas bien. La consommation baisse. Les artisans du houblon sont pour le moment épargnés.
Claude participe activement au syndicat des brasseurs regroupant une vingtaine d'artisans bretons. Leur credo : associer leurs compétences et s'entourer de producteurs bio. Histoire de préserver leur indépendance et leur savoir-faire.
Nicolas Aufauvre
Presse-Océan
Soyez le premier à donner votre avis