Grièvement blessé après la manif, Pascal témoigne
Pascal, hier dans sa chambre d'hôpital : « Je veux que ça se sache, pour qu'on empêche des armes comme ça ».
Pascal, 42 ans, blessé par une grenade assourdissante après la manifestation du 29 janvier, a été amputéde deux orteils. Il a accepté de nous recevoir dans sa chambre d'hôpital.
Entre guillemets
« J'ai travaillé aux chantiers. J'ai arrêté pour des problèmes de santé aux vertèbres. Aujourd'hui, je suis en reconversion professionnelle. Ce qui m'a remué, c'est quand on a injecté 350 milliards d'euros pour les banques. Je me suis dit que si on était capable de faire ça, pourquoi on ne le ferait pas pour le chômage ? J'ai manifesté, par solidarité, et parce que j'en ai marre de la précarité.
J'ai quitté le cortège à la moitié de l'avenue de la République. Je suis rentré chez moi dans le centre-ville, vers la Caisse d'épargne. Vers 18 h, je suis allé faire mes courses alimentaires, comme tous les soirs. Je vais soit chez Champion soit chez ED.
J'entendais du bruit. En arrivant près de ED, rue Henri-Gautier, j'ai vu des manifestants sous un arbre, les CRS au rond-poind des Quatre-z'Horloges, des feux de poubelles. J'ai regardé s'il était possible de faire ses courses.
« Un engin qui glissaitsur la route »
Je n'avais jamais vu ça de ma vie. En traversant la rue, j'ai vu X [un membre de sa famille]. Vu le climat - il y avait des tirs et des gaz lacrymogènespartout - je lui ai dit : « Reste pas là, c'est trop chaud «. Et j'ai fini de traverser la chaussée. Et tout à coup, j'ai vu un engin qui glissait sur la route en tournant sur lui-même. L'explosion, je ne m'en rappelle pas. Quand jeme suis réveillé, j'ai vu un pompierau-dessus de moi.
J'avais une fracture ouverte et tout le dessous du pied brûlé. J'ai demandé au médecin de tout faire poursauver mon pied. J'ai été opéré cinq fois, et une sixième fois demain [ce mardi, NDLR]. On m'a amputé de deux orteils. Je souffre physiquement et psychologiquement, malgré les calmants et bien que je sois aux petits soins ici. Je vis un cauchemar. Jefais toujours le même. Je vois une grosse bombe qui arrive à mes pieds et je me réveille en sursaut.
La police des polices est venue. Je leur ai demandé ce qui avait pu me faire ça. Ils m'ont dit que c'était une grenade assourdissante. Je n'arrive pas à comprendre comment on peut lancer de telles armes sur la population. On m'a répondu qu'« en cas de guerre civile, il faut du répondant ».
La police était venue avant. Elle est revenue pour mettre mes vêtements sous scellés pour être analysés. Le domicile de mes parents a été perquisitionné. Ma mère est handicapée. Elle m'a dit qu'on l'avait même fait descendre à la cave pour rechercher un détonateur qui n'existe pas.
Je veux que ça se sache, pour qu'on empêche des armes comme ça. Il faut que la lumière soit faite là-dessus. Qu'on prenne conscience qu'on les envoie sur des enfants, des personnes âgées, des gens fragiles. »
Recueilli par Jean DELAVAUD.
Ouest-France
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