FC Nantes : pas gai et alors ?
Au sein d'une Ligue 2 au niveau déclinant, les coéquipiers de Babovic n'ont fait que s'adapter aux circonstances. : Photo Pierre Minier/Ouest-Médias
Quasiment assuré d'évoluer en L1 la saison prochaine, le FCN pâtit d'une qualité de jeu laissant cruellement à désirer. Mais peut-on vraiment lui reprocher d'avoir privilégié l'enjeu...
Est-ce une pernicieuse stratégie visant à éloigner les caméras d'Eurosport du stade Louis-Fonteneau ? Ou un exercice pratique destiné à mettre en lumière la confondante faiblesse d'une Ligue 2, que le président Thiriez, jamais à cours de galéjades, s'entête à considérer « comme la meilleure d'Europe » ? Toujours est-il qu'on pique facilement du nez à la Beaujoire depuis quelque temps - le début de saison, diront les plus ronchons.
« On n'est pas beau »
Après le non-match face aux Pingouins, sauvé par deux coups d'éclair de De Freitas et Djordjevic (2-2), les Canaris ont de nouveau piétiné contre les Grenoblois (1-0), accumulant les approximations techniques et tactiques. Un navrant mélange d'ouvertures vers le néant, de transversales en direction de la tribune opposée et de passes plus qu'imprécises.
À tel point que Jean-Luc Arribart, du haut de sa tribune de commentateur, a, de son propre aveu, « décroché », distillant aux téléspectateurs une somme d'anecdotes au lieu de s'intéresser aux pauvres débats.
« On n'est pas beau, reconnaît Michel Der Zakarian. Il y a énormément de déchet dans notre jeu. Mais nous savons être réalistes et solides. Deuxième avec treize points d'avance sur le quatrième à onze journées du terme : tout le monde aurait signé des deux mains. » Y compris le public qui, malgré cet état de fait, n'hésite plus à vilipender les siens.
Prime au réalisme
Alors, oui, rogner sur ses économies et affronter les intempéries pour assister à une telle médiocrité est contrariant. Certes, passer du nectar de l'élite - c'est vite dit - à la « bibine » provoque le hoquet. Mais pouvait-on demander aux Nantais le beurre (la remontée), l'argent du beurre et le sourire de l'ensemble des joueurs ?
Ce serait oublier que l'effectif constitué à la hâte par trois équipes dirigeantes différentes (Roussillon, Dayan/Gravelaine, Kita), s'il contient de précieuses individualités, n'avait pas totalement vocation à illuminer ses adversaires par la classe de ses mouvements. Plutôt être froidement prosaïque et solidaire. Une condition sine qua non à ce (bas) niveau. « On a bien fait le métier, poursuit l'entraîneur. Il n'était pas si aisé d'assumer notre statut de grand favori. »
Recruter pour exister
Soyons clair, cela sera notoirement insuffisant pour pouvoir prétendre à quelques gratifications à l'échelon supérieur. Sauf que dans l'intervalle, il y aura le mercato. « Même si nous ne sommes pas encore en Ligue 1, on discute déjà avec le staff technique sur les profils à recruter », rappelle « Der Zoum », Waldemar Kita ayant naguère affirmé qu'il ne commettrait pas « les mêmes erreurs que Metz. »
En clair, à les écouter, le FCN 2008-2009 ne sera pas celui de 2007-2008, calibré pour résister aux lénifiantes joutes de l'antichambre.
Enfin, et parce que « la pression du résultat » s'évaporera à coup sûr - « il faudrait un sacré concours de circonstances pour que Grenoble ou Bastia puissent nous rattraper » -, il n'est pas interdit de penser, ou d'espérer, que certains parviendront à se libérer.
« Bien jouer et gagner n'est pas incompatible, sourit Der Zakarian. D'autant qu'il y a un titre de champion à aller chercher. » Nul doute qu'une telle issue estomperait la vacuité de nombre de soirées.
Etienne Kiss
Presse-Océan