À 40 ans, la vie, l'emploi, l'espoir qui redémarrent
« Quand, pendant des années, vous planifiez votre vie centime par centime et que du jour au lendemain vous n'avez plus à compter votre porte-monnaie pour aller chercher une baguette, vous vous dites : 'Là, j'ai réussi quelque chose de bien' », confie Alice Ayoul, 40 ans, pour qui « ça vaut le coup de reprendre un emploi avec le RSA ». : Photo Nathalie Bourreau
Alice Ayoul a « lâché » le RMIpour reprendre un emploi.Avec le revenu de solidarité active, elle gagne 300 € de mieux.Le rêve, dit-elle, est de nouveau possible.
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C'est peu mais c'est tellement mieux. « Près de 850 €/mois. Avec l'allocation logement et la couverture maladie universelle qui ne sont plus sabrées... ». À 40 ans, Alice Ayoul, mère d'un garçon de 10 ans, a retrouvé le chemin de l'emploi, et un sourire radieux. Titulaire d'un CAP d'employée familiale, elle officie comme conductrice accompagnatrice de transport pour enfants handicapés mais aussi comme animatrice dans le domaine périscolaire. Entre 60 heures et 80 heures travaillées chaque mois. Jusqu'à décembre dernier, elle se levait pour toucher « 80 € de plus que le RMI », pointant douloureusement à 600 €/mois. Perdant même certains droits dont elle bénéficiait lorsqu'elle était RMIste. Une misère.
Un bout de vie avec le RMI
La vie s'est « embellie » depuis la mise en place du revenu de solidarité active (RSA), fin 2007, au sein du quartier des Dervallières, où elle réside à Nantes. « Désormais, je garde les mêmes droits que lorsque j'étais RMIste. Et je gagne réellement plus. »
« Pendant plusieurs années, dit-elle, j'ai fait avec le RMI pour m'occuper de l'éducation de mon fils. Vu les emplois que l'on me proposait, ça ne servait à rien que je travaille. Entre les transports, les problèmes de garde, je n'aurais rien gagné, au contraire. Dès que l'on commence à travailler, on vous sucre des aides. Ça rapporte plus de rester chez soi, de percevoir le RMI et de tenter de faire un peu de black le cas échéant. »
Le boulot, elle y a remis les pieds pour son fils. « À la rentrée de septembre 2007, sur les fiches de classe, il m'a dit qu'il avait honte d'inscrire que j'étais sans emploi. On dit toujours : 'Il faut montrer l'exemple aux enfants. Le travail, c'est vrai, c'est déjà un exemple.' Un mois plus tard, je décrochais un poste... » Il n'empêche : « Sans le RSA, ça commençait à tirer dur de bosser pour aussi peu d'argent ».
Sans fard et sans fausse compassion, elle décrit son bout de vie passé au RMI. « Le 20 du mois, il n'y a plus rien à manger et plus d'argent dans la maison. Le pire, c'est que l'on s'habitue à rester chez soi, à se lever tard le matin. »
L'espoir d'un temps plein
À présent, dit-elle encore, elle se « sent mieux ». « Même s'il reste des soucis d'argent, le quotidien s'est amélioré. J'ai acheté une voiture. Le week-end, on fait les brocantes, on part en pique-nique. » Cet été, elle a pris une location avec sa famille dans les Pyrénées. « On va traverser la France. C'est une chose qui était impensable à l'époque du RMI. C'est un vrai bonheur de se dire que l'on a travaillé et économisé pour réaliser un tel projet. »
Elle a « le sourire en allant au boulot ». Elle espère « arrêter le RSA » qu'elle considère comme « un tremplin ». Vise un temps plein à court terme. « Mon but, confie-t-elle, radieuse, c'est qu'on me sucre mes aides au logement. Ça me plairait bien de payer plein pot si je gagne convenablement ma vie. »
Yan Gauchard
Presse-Océan