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Au même endroit, l'intervention de Juvénal Quillet, un autre étudiant. : Centre d'histoire du travail. Photo Daniel GarnierC'est à Nantes et nulle part ailleurs. « Ici une bande de joyeux anarchistes a pris le contrôle de toutes les bureaucraties aux mains de jeunes politiciens professionnels débutant leur carrière : la Mnef, alors présidée par Patrick Rimbert (NDLR : aujourd'hui premier adjoint de Jean-Marc Ayrault), l'Agen-Unef, l'association des résidents universitaires... Nous l'avons fait sur la base d'un programme radical. Ce qui est remarquable à Nantes, c'est la rencontre de la jeunesse avec le mouvement ouvrier. Le 13 mai, quand les étudiants attaquent la préfecture, ils sont rejoints par des ouvriers, malgré l'opposition de la CGT et de la CFDT. À Nantes, la CGT et le Parti communiste n'étaient pas assez influents pour soustraire les ouvriers à l'influence d'une jeunesse révoltée. À Nantes, celle-ci était issue des classes populaires. Mon père était « mensuel » au chantier naval de Saint-Nazaire. Avec les syndicalistes nous parlions le même langage. »
À propos d'Alexandre Hébert (FO). « Aujourd'hui, il n'a pas de mots assez durs contre Mai 68. Pourtant, à l'époque, Alexandre accepta le contact avec des jeunes comme moi. Il ne chercha pas à casser le mouvement. Sans lui l'occupation de Sud-Aviation, dans le prolongement direct des affrontements du 13 mai, n'aurait pas eu lieu. Je lui garde toute mon amitié, et mon estime pour le courage dont il a fait preuve. Ce n'était pas évident d'affronter la puissance CGT mobilisée contre nous. Alexandre nous défendait, y compris physiquement ».
La vacance du pouvoir. « Il ne faut pas surestimer l'insurrection à Nantes. La rue était occupée, mais l'intersyndicale ne pouvait offrir d'alternative. Le rôle du comité central de grève a été surfait après coup. En réalité, il y avait un vide, une grande vacance du pouvoir. Nous n'avions personne en face, sauf le préfet et le recteur d'académie avec lesquels il était impossible de dialoguer. Le mouvement étudiant nantais ne voulait pas prendre le pouvoir, mais abolir l'ordre ancien, casser les bureaucraties. Il n'était pas question d'aider les gauchistes à remplacer le capitalisme par le communisme et sa bureaucratie. Nous avions une sorte de foi, rousseauiste, dans la nature humaine que nous voulions débarrasser de ses entraves. »
Recueilli parMarc LE DUC.
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