Un dissident chinois à Nantes : « Boycottez l'ouverture des JO ! »
Le dissident chinois Wei Jingsheng juge trop pro-chinoises les positions des présidents Chirac et Sarkozy. : Photo Philippe Corbou
Le dissident chinois Wei Jingsheng, qui a été emprisonné dix-huit ans dans son pays, dénonce l'attitude du gouvernement français à l'occasion du 3e Forum mondial des Droits de l'homme à Nantes.
Wei Jingsheng est un ancien prisonnier politique. Exilé aux États-Unis, il tente de promouvoir la démocratie en Chine. À l'approche des jeux Olympiques il fustige l'attitude du président Sarkozy.
Pourquoi avez-vous été arrêté en 1978 ?
« À cause de mon travail au sein des mouvements démocratiques chinois. J'ai été emprisonné dix-huit ans. Depuis, je suis un des leaders pour le respect de la démocratie en Chine au niveau international. Mais que l'on soit Chinois, Birman, Tibétain... on est tous unis en un seul front ».
Décrivez-nous la situation en Chine aujourd'hui ?
« Le gouvernement ne veut pas que les Occidentaux rencontrent des opposants, des séparatistes.
C'est pourquoi, ils ont tous été expulsés de Pékin pour que le monde ait une belle image de la ville. Il y a eu une grave augmentation des arrestations et le nombre de détenus, qui n'ont pas été jugés, est en hausse constante. Et même si le gouvernement affirme qu'il y aura de nombreuses libérations après les JO, il ne faut pas oublier qu'en Chine, il est beaucoup plus facile d'être arrêté que libéré ».
Qu'avez-vous pensé des manifestations lors du passage de la flamme olympique ?
« Il aurait été anormal de ne pas protester, mais c'était plus difficile chez nous. Dès qu'un opposant sortait dans la rue, il était immédiatement arrêté. À Lhassa, la moitié de la population a été expulsée et ce sont les policiers qui ont occupé la ville. Il y a actuellement autant de policiers au Tibet que d'Américains en Irak ».
Que pensez-vous de l'attitude française en faveur des Droits de l'homme ?
« Il y a une sensibilité très élevée de la part de la population et c'est ce que j'ai pu constater ici, où je suis revenu avec plaisir, même si la barrière de la langue demeure un handicap. Malheureusement, je constate que les deux derniers présidents ne sont pas aussi sensibilisés que la population ».
Vous regrettez donc que Nicolas Sarkozy n'ait pas annoncé son intention de boycotter la cérémonie d'ouverture des JO ?
« Naturellement. Les Allemands et les Anglais sont contre. La France se démarque et si la France le fait réellement, je ne lui accorde plus de respect. Je pense qu'avec cette attitude, la France va perdre de son autorité en Europe ».
On vous sent en colère contre Nicolas Sarkozy ?
« Oui, car même si on ne me le dit pas officiellement, je sais bien vers quoi on s'oriente. Sous prétexte de mobiles économiques, le gouvernement français écoute beaucoup trop les autorités chinoises. D'ailleurs je n'ai même pas eu mon rendez-vous il y a quinze jours à Paris et c'est la toute première fois depuis que j'ai quitté la Chine. La France devient, pour moi, un tout petit pays en adoptant cette attitude. »
Propos recueillis par Philippe Corbou
Presse-Océan