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La ville de Nantes a été le cadre, au printemps dernier, de plusieurs manifestations de soutien à la population de Redeyef. Ess'ghaier Belkhiri y avait participé. : Archives Ouest-FranceTrois jours plus tard, ce maçon « sans histoire » de 29 ans, qui réside à Nantes depuis « une dizaine d'années », comparait devant un juge d'instruction. Soupçonné de « financer une association de malfaiteurs », il est incarcéré dans la prison de Gafsa. « L'un de mes frères qui allait chercher Ess'ghaier a également été arrêté », affirme Naceur Belkhiri. Les bribes de nouvelles qui ont filtré depuis lors émanent de Ridha Radaoui, l'un des deux avocats. « Il nous assure qu'ils vont aussi bien que possible, précise Naceur. C'est la santé de notre père qui a 91 ans qui m'inquiète. Comment va-t-il vivre tout cela ? »
« Chômage » et « corruption »
Face à cet « emprisonnement arbitraire », un comité de soutien s'est constitué en France, sous l'égide de la Fédération des Tunisiens citoyens des deux rives (FTCR). « Ess'ghaier Belkhiri soutenait ouvertement la population de Redeyef qui se bat depuis plusieurs mois contre le chômage et la corruption du pouvoir en place, précise Mouhieddine Cherbib, président de la FTCR. À Nantes, il participait aux manifestations pour protester contre la répression policière. Il faut savoir qu'à Redeyef, les prisons sont pleines. Des gens sont en fuite dans les montagnes. »
Et c'est ce soutien sans faille à une région en ébullition qui vaut à Ess'gahier Belkhiri d'être emprisonné aujourd'hui. « Pour le président Ben Ali, il s'agit d'incriminer toute forme de solidarité avec les luttes des populations du bassin minier, y compris à l'étranger », estime Mouhieddine Cherbib.
Sous quel mobile la justice tunisienne allait-elle expliquer cette incarcération ? « Lors de l'arrestation, les policiers ont retrouvé une somme d'argent qu'Ess'ghaier Belkhiri destinait à la population dans le besoin, martèle Mouhieddine Cherbib. Dès lors, c'était un jeu d'enfant pour le juge de l'accuser de financement d'association de malfaiteurs... On veut faire passer la solidarité comme un délit. »
Joël BIGORGNE.