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Philippe Duval, le président du directoire de Tereos (13 000 salariés dans le monde), laisse planer un doute sur le maintien de l'activité à Nantes. : Photo Nathalie BourreauLe secteur sucrier est soumis depuis deux ans à une réforme profonde de ses règlements communautaires pour être en règle avec l'organisation mondiale du commerce (OMC). L'union européenne a lancé en juillet 2006 un plan de restructuration visant à mettre fin à la surproduction de sucre dans l'UE. Elle l'a renforcé l'année dernière en diminuant encore les quotas de production et en supprimant l'aide au raffinage. « On reprochait à l'Union européenne de subventionner les exportations. La production a chuté en Europe. Six millions de tonnes sur dix-huit ont été détruites alors que simultanément, on assistait à une baisse des prix de l'ordre de 40 % ».
« Doubler,voire tripler la production »
Aujourd'hui, la raffinerie de Nantes, surnommée la « boîte bleue », produit 100 000 tonnes de sucre et conditionne 115 000 tonnes de sucres (blanc, blond et roux) pour un chiffre d'affaires de 157 millions d'euros. Adossée depuis 2003 au groupe Tereos, l'un des principaux acteurs mondiaux du sucre, des amidons et des alcools, producteur dans sept pays de l'Union européenne, au Brésil, en Afrique et à l'île de la Réunion, elle est devenue « largement déficitaire ». Elle espérait décrocher un marché de 250 000 tonnes de sucre de canne en provenance de l'île Maurice, qui lui aurait permis de respirer au moins deux ou trois ans. Le contrat a été remporté par un concurrent, la raffinerie Saint-Louis à Marseille rattachée au géant allemand Sudzücker.
« Le maintien du raffinage et du conditionnement suppose le retour à des prix de marché suffisants et à un doublement, voire un triplement, de l'activité. Soit on augmente la quantité de sucre travaillée car les aides de l'Union européenne ont disparu, soit les prix du marché s'améliorent », répète inlassablement Philippe Duval.
Jean-Yves Delamare, le directeur de l'usine nantaise, a fait ses comptes. « Avec 250 000 t à raffiner et un investissement de 10 M€, l'usine serait fonctionnelle sept jours sur sept au lieu de tourner cinq jours sur sept et elle pourrait créer des emplois ».
Les regards sont tournés vers les concurrents européens, susceptibles de céder leur activité sucre et de générer un appel d'air sur le marché. Le danois Danisco et l'espagnol Ebro ont abandonné la partie. Le groupe britannique Tate & Lyle songerait à le faire. Une bouffée d'oxygène en perspective ?
Denis Bourdeau