Nantes capitale mondiale des droits de l'homme
Le dissident Wei Jingsheng, expulsé de Chine, en 1997, après 18 années de prison, a établi sa fondation aux USA. Il dénonce la situation dans les prisons chinoises et met en cause la politique de Pékin au Tibet. Photo : Reuters
Soixante ans après la Déclaration de l'Onu, la ville accueille, cette semaine, la troisième édition du Forum lancé par l'Unesco en 2004.
Le 10décembre 1948, l'Assemblée générale des Nations unies adopte la Déclaration universelle des droits de l'homme. Sa force symbolique est considérable, au moment où le monde, à peine sorti d'un conflit mondial qui a décliné toutes les horreurs, entre dans la guerre froide. La Déclaration proclame « le respect universel et effectif des droits de l'homme et des libertés fondamentales ».
Au fil des ans, elle va faire naître un corpus et des obligations juridiques, accompagner la mise en place d'instances, telle la Cour européenne des droits de l'homme de Strasbourg. Sa force contraignante n'est pas toujours à la hauteur de ses principes, certains pays signataires sont parfois les premiers à la bafouer, mais 60 ans après sa proclamation, la Déclaration reste un cadre de référence pour tous les défenseurs des libertés.
Pari humaniste
Cet anniversaire sera dans tous les esprits, cette semaine, à Nantes, où se tient le troisième Forum mondial des droits de l'homme. La ville a repris, en 2006, le flambeau de l'initiative lancée par l'Unesco en 2004. Cette année, trois cents personnalités sont attendues: politiques, experts, acteurs de la société civile. Avec trois thèmes dominants: la situation des droits de l'homme dans une économie mondialisée; l'Europe, cadre et acteur; le rôle des collectivités locales.
On va ainsi parler des violations patentes commises par certains régimes comme la junte birmane ou la Corée du Nord, mais aussi de la lutte contre le terrorisme et de son impact sur les libertés individuelles, ou encore d'immigration, nouvelle frontière des trafiquants modernes. « Des progrès incontestables ont été accomplis depuis 1948 », affirme Emmanuel Decaux, présidence du Secrétariat permanent créé à Nantes pour faire vivre ce Forum. Toutefois, précise-t-il, « les démocraties elles-mêmes connaissent une érosion de leurs principes ».
Durant quatre jours, simples militants d'associations locales et ambassadeurs au long cours du droit humanitaire vont ainsi se croiser, se parler. Avec quelques invités prestigieux, comme Wei Jingsheng, célèbre dissident chinois. Ou encore de grands témoins, comme le diplomate Stéphane Essel, qui participa à l'élaboration de la Déclaration en 1948. « Le pari humaniste que nous faisons », explique Franck Barrau, secrétaire général du Forum, « c'est que la relation entre les acteurs locaux et les représentants de la société civile peut permettre de faire avancer les choses plus vite ».
C'est ce même esprit qui anime deux initiatives en marge du Forum: la Coalition mondiale contre la peine de mort qui tient, cet après-midi, son assemblée générale, et la Coalition internationale des villes contre le racisme, lancée officiellement à Nantes aujourd'hui.
Laurent MARCHAND.
Ouest-France