Avec le recul, Thierry Evain apprend à sourire des crises passées. En 2000, il manifestait déjà contre la flambée du prix du gazole.
« Si je me rappelle bien, le litre était à 2 francs... On ne savait pas notre bonheur ». Entre-temps, le matelot est passé à son compte d'abord sur un petit bateau
Petit Quentin et depuis deux ans sur un chalutier de 18,50 m,
Quentin-Grégoire. La machine est neuve, a coûté la bagatelle de 1,4 million d'euros et fait vivre six hommes, patron compris.
1 650 litres par jourL'espèce de prédilection du
Quentin-Grégoire, c'est la langoustine. Le petit crustacé est pêché au chalut : le filet en forme d'entonnoir est déposé au fond de l'eau et traîné. Forcément, il faut du carburant pour pêcher ainsi.
« On est en pêche 24 heures sur 24 mais ce n'est pas en traînant le filet qu'on dépense le plus, c'est en faisant route ». Du Croisic, il faut au minimum quatre heures pour se rendre sur la zone de pêche, voire six. Thierry Evain sait donc qu'il a besoin de 1 650 litres de gazole pour une journée de pêche.
« Et en marchant à l'économie parce qu'on fait attention, parce que la propulsion de mon bateau fait qu'il consomme moins. Mais bon, on ne va pas non plus mettre dix heures pour rentrer, la langoustine doit arriver vivante ! » Economie encore, le bateau reste deux jours en mer et fait passer ses premières langoustines à la criée par un chalutier.
600 € de moins sur la payeMais même avec ces mesures, la part du carburant atteint 40 % du chiffre d'affaire du bateau. Et ampute d'autant la part des salaires.
« Je me souviens quand j'ai commencé chez un patron, son comptable disait que le gazole ne devait pas représenter plus de 20 %, qu'après ce n'était plus rentable... » Pour l'heure, Thierry Evain arrive toujours à donner un salaire supérieur au Smic à ses matelots.
« En novembre, au moment de la première crise du gazole, ils ont déjà perdu 600 € sur leur paye ».
Aujourd'hui, ce patron pêcheur ne sait pas dans quel état sera sa trésorerie dans un mois.
« Il va bien falloir qu'on reparte un jour en mer ». Et d'attendre des
« mesures d'urgence » pour faire repartir les bateaux. Mais lesquelles ?
« Le plan Barnier est déjà dépassé. Avec une économie de 20 centimes, on retombe au prix du gazole de novembre. Le litre prend un centime par jour en ce moment, ça va très vite ». Contrairement aux crises passées, Thierry Evain ne voit pas de solution à celle-ci,
« c'est une voie sans issue, ce n'est pas qu'un problème français ».
M.C.
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