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Michel Decré en 1968 : « J'ai hérité des valeurs sociales de mon père. » : D.R.J'étais le patron de Frigécrème et du Record à Saint-Herblain (NDLR : actuellement Auchan). C'était le 2e créé en France. J'étais aussi délégué régional des jeunes patrons. En mai 68, les salariés de Frigécrème se sont très vite mis en grève et j'ai fermé l'usine. J'étais disponible pour gérer le Record, avec ses 180 employés, qui n'était ouvert que depuis six mois. J'avais mis une grande boîte rouge à l'entrée du magasin pour que les salariés y déposent leurs revendications. Elle est toujours restée vide ! On n'a fermé que le jour du discours du général de Gaulle.
Votre meilleur souvenir ?
C'est surtout le plus rigolo. J'arrivais à l'Union patronale dans ma DS alors que les autres patrons roulaient en 4L ou en 2 CV. Ils m'ont expliqué que, pour éviter d'être pris à partie par les ouvriers, ils utilisaient la voiture de leurs épouses ! J'ai continué à rouler en DS. Il ne m'est rien arrivé !
Des regrets ?
J'ai très mal supporté le manque de courage des patrons à l'égard du directeur de l'Aérospatiale pris en otage. Je suis le seul à avoir fait du porte-à-porte auprès des responsables syndicaux, CGT et FO comprises, pour leur dire ma façon de penser. On aurait dû être tous solidaires.
Ce que mai 68 a changé dans votre vie ?
D'abord, j'ai trouvé que, les jeunes surtout, avaient manqué de maturité. Tout le monde est parti en week-end de Pentecôte comme si rien ne s'était passé ! Depuis ces événements, je m'investis beaucoup dans des associations d'insertion ou des conseils universitaires ou de grandes écoles. Ensuite, les patrons ont eu si peur que ça recommence, qu'ils ont voulu fédérer leurs entreprises au-delà de l'axe Nantes-Saint-Nazaire. En effet, après mai 68, les Nantais avaient la réputation de n'être que des anarchistes ! C'est comme ça qu'est né Ouest-Atlantique.
Recueilli par
Chantal BOUTRY.
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