Les leçons du passé selon Heurtebis
Tony Heurtebis n'a plus débuté une saison en ligue 1 depuis 2003, avec Troyes. Il ne boude donc pas son plaisir. : Michel Fraudeau
FC Nantes. Michel Der Zakarian l'a choisi pour débuter la saison dans les buts. Pour Tony Heurtebis,
la vie dans l'ombre de Landreau et Barthez s'est avérée bénéfique.
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Il est un repère contre le temps qui défile trop vite. Un antonyme dans ce grand zapping permanent où il est de bon ton de déambuler casquette à l'envers, la démarche nonchalante, gentiment gouailleur, un peu frondeur. Un modèle de politesse et de courtoisie tel que son président, Waldemar Kita, imagine encore le footballeur. On ne lui connaît pas d'ennemi. On n'a pas davantage le souvenir d'une parole désobligeante à l'égard de l'un de ses coéquipiers ou adversaires. Encore moins d'une douce folie.
Tony Heurtebis, tout bonnement un gardien d'un autre temps, débarqué à Nantes en 2005 dans la peau d'une doublure, aujourd'hui appelé à débuter la saison. Pareille « satisfaction, plaisir »,pour reprendre des mots choisis avec soins, ne lui était plus arrivée depuis juillet 2003, du moins en Ligue 1. À l'époque, ce Nazairien d'origine gardait la cage de l'ESTAC. La bonne nouvelle est tombée durant le séjour marocain du FC Nantes, dans la chambre de Michel Der Zakarian, à l'Amphitrite Place de Skhirat. « Le coach nous a réunis de manière individuelle avec Jérôme (Alonzo). Après, ce qu'il m'a dit reste entre Michel et moi. » Chez lui, satisfaction rime bien vite avec déception et compassion. « Avec Jérôme, nous sommes pratiquement de la même génération, on a commencé tous deux en pros en 1995. Ça ne date pas d'hier ! Par rapport aux difficultés du poste, à tout ce que cela incombe en terme de travail, il existe un grand respect. Quand on parle de confrérie, ce n'est pas un vain mot. On sait ce que l'autre peut ressentir dans pareilles circonstances. On n'a pas obligatoirement besoin de beaucoup se parler. Après, il ne faut pas le nier, il y a concurrence. »
À 33 ans, Tony a remporté le premier round. Sa vie dans l'ombre de Mickaël Landreau, puis plus furtivement de Fabien Barthez la saison suivante, explique à ses yeux cette résurrection, du moins, n'y est pas étrangère. « Mickaël m'a amené à avoir ma place dans le groupe. Ce n'était pas le numéro un qui faisait son truc dans son coin. L'échange a été profitable aux deux. Il savait qu'il pouvait se reposer sur moi. Le passage de Fabien à Nantes, du moins ce qui en a été retenu, ne s'est pas avéré un bon épisode, ni collectivement, ni pour lui. Maintenant, ce qu'il m'a fait partager, m'a été profitable par la suite. » Tony Heurtebis fait référence au match catastrophe de Valenciennes où il avait encaissé un but casquette et aux petits ennuis de santé qui ont accompagné sa saison 2006-07. « Il m'a aidé à me remettre tranquillement, m'a accompagné dans mon travail. Si ma fin de saison s'est bien déroulée, si j'ai gagné la confiance des dirigeants pour poursuivre l'aventure en L2, je le dois en grande partie à Fabien. Ça m'a permis d'enchaîner jusqu'à aujourd'hui. »
Un présent qui se conjugue sans Franck Chaumin, mais avec Fabrice Grange dans le rôle de l'entraîneur des gardiens. « Certaines choses ont changé, notamment au niveau de la musculation. Sans dire que je n'en faisais pas assez, Fabrice a connu le haut-niveau avec l'équipe de France. De même, nous avons suivi cette fois la même préparation physique que le reste du groupe. » Ni mieux, ni plus mal, seulement différent, comme ce championnat qu'il quitte sans regret. « Sans dénigrer la L2, individuellement et collectivement, la Ligue 1, c'est autre chose. Profitons de la dynamique du groupe, de la confiance acquise l'an dernier. » Même de la L2, Tony Heurtebis ne dira jamais de mal. Un exploit.
C.D
Ouest-France