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Christophe, le frère de Natacha et Me Sabine Barz, au palais de justice de Charleville-Mézières. : Photo archives« Ils voulaient que l'on mette Natacha au coeur de la plaidoirie. J'ai rappelé qu'elle aurait mon âge aujourd'hui : 31 ans. J'ai parlé de l'enfant qu'elle était avant d'être victime. Il fallait aussi reparler du moment de la disparition, de l'angoisse, du cauchemar, de tout ce vécu qui rend cette histoire réelle. Il fallait rappeler les quatorze ans d'attente et le combat judiciaire. La maman de Natacha a mené un combat exceptionnel pour que le dossier ne se prescrive pas. Et puis, j'ai essayé de démontrer l'horreur des faits et l'implication de Monique Olivier. »
Quelle attitude ont eu les accusés ?
« Fourniret est impassible. Il ferme les yeux. Il n'a pas d'émotion. Olivier, elle, se penche de plus en plus bas, devient de plus en plus petite. Parfois, on voit à peine sa tête dépasser. Lui, il revendique ses crimes et toute leur cruauté. Il se présente comme pervers et dangereux et annonce qu'il recommencerait s'il était libéré. On n'a rien à démontrer. Mais elle minimise, dit qu'elle n'avait pas le choix et essaie de sauver sa peau, alors qu'elle aurait pu sauver Natacha. »
Le procès va bientôt s'achever. Y'a-t-il des motifs de déception pour les proches de la victime ?
« Fourniret avait annoncé qu'il allait parler. Il a décidé de se taire à nouveau. Sur le coup, ça a été dur. Tout de même, on voulait lui poser quelques questions, sur le viol post mortem notamment. Mais on ne se faisait pas trop d'illusions. On aurait juste aimé voir sa réaction. Mais ce revers, ça a été la manipulation ultime. Sur le moment, la famille était en colère. Elle a eu l'impression de s'être fait avoir encore une fois. Aujourd'hui, avec le recul, on pense que l'on n'aurait rien appris. »
Quels souvenirs garderez-vous de ce procès ?
« Je me souviendrais de l'horreur, tellement incompréhensible qu'elle en devient irréelle. Je me souviendrais aussi de cette tentation de se dire parfois que ces deux personnes assises à dix mètres de nous ne peuvent pas avoir commis tous crimes-là, parce que l'esprit se protège un peu, peut-être. Et puis face à cela, de la réalité de la douleur des familles, de leur grande dignité, et du souvenir extrêmement vivant des victimes dans le coeur des proches. L'opposition entre les deux était vraiment marquante. »
Comment se sent la famille ?
« Quand j'ai terminé ma plaidoirie, ils avaient les larmes aux yeux. Ça a été très difficile pour eux. Mais je pense qu'ils sont soulagés, que doucement, une page commence à se tourner. La famille a l'impression d'avoir fait ce qu'elle devait faire pour Natcaha. D'avoir parlé pour elle. D'avoir été là pour elle. Maintenant, ils attendent que la justice reconnaisse que tous les deux sont responsables. Autant l'un que l'autre ».
Propos recueillis par
Anne-Hélène Dorison