Édition du jeudi 26 avril 2007
Le théâtre, comme une embellie
A deux reprises, le théâtre s'est installé à la Chesnaie avec les habitants du quartier dans tous les rôles. Evocation de José Richaud.La scène ? Un carré de terre rouge planté en son milieu d'un grand chêne et encerclé par les immeubles de La Chesnaie. C'est là, il y a dix ans qu'a été joué le spectacle Fuente Ovejuna, de Lope de Vega. Par les habitants du quartier qui, pendant dix mois ont répété sous la direction d'un metteur en scène pas tout à fait comme les autres : José Richaud, du Théâtre Terre. De cette aventure a été tiré un livre choral de témoignages et de photos où les comédiens éphémères et tous ceux qui ont participé à sa réalisation livrent leurs joies et leurs peines, leurs plaisirs et leurs angoisses avec leurs mots à eux. Avec en dénominateur commun la fierté de l'avoir fait. D'avoir pu le faire, ce que beaucoup ne croyaient pas. Comme une embellie dans un quotiden de grisaille. Un rayon de soleil qui perce le lourd manteau des nuages de leur existence. José y tenait beaucoup à ce « projet d'archéologie culturelle », pour conserver, par-delà les ans, « les traces de ce qui s'est fait ». Il se souvient qu'au début, les jeunes étaient très conflictuels. A la limite de l'agressivité. « Et, petit à petit, ils se sont laissés attraper dans le spectacle ». Six ans plus tard, il a renouvelé l'expérience, toujours à la Chesnaie, avec un texte écrit par une écrivaine en résidence - en immersion plutôt - dans un appartement du quartier mis à sa disposition par la Ville. Isabelle Rossignol, quelques mois plus tard, a publié Le champ des tours dont José Richaud s'est emparé pour le faire jouer, une fois encore, par les habitants. En en remaniant le début avec eux. La démarche était identique mais le metteur en scène est arrivé sur un terrain nettement moins favorable selon lui. « Les jeunes hommes je ne les ai pas vus. Ceux que j'ai pu rencontrer se sentaient beaucoup moins concernés. Ils étaient aussi beaucoup moins agressifs. Je me suis dit alors : cela va mal. » Ce sont les femmes qui ont pris les choses en mains et qui ont étayé la réussite du spectacle. « Leur parole et leur rôle ont été primordiaux », se souvient José Richaud qui, de façon symbolique, avait placé la question urbanistique au centre du projet artistique. « L'idée de mise en scène, c'était de leur faire construire la ville. Par la parole mais aussi physiquement. Des échafaudages que les acteurs construisaient pendant la pièce et sur lesquels ils jouaient dessinaient peu à peu la ville. » Demain, c'est une autre pièce qui va se jouer ici. Grandeur nature. Avec quelle perspective de changement dans la vie des gens ? « Ce dont je suis convaincu, c'est que la rénovation urbaine prévue n'est qu'un élément de la réponse », estime José Richaud.Pierre BIGOT.
Ouest-France