Le festival à J-3 : la scie sauteuse avant la musique
Félix, 17 ans et déjà trois ans aux Escales.
Il reste moins de trois jours pour installer New York dans la salle Jacques-Brel. Dix personnes s'activent autour du scénographe Cyrille Bretaud.
Ils sont dix, huit décorateurs et deux éclairagistes, autour de Cyrille Bretaud, le scénographe du coeur des Escales. Sans compter la régie du festival qui vient donner un coup de main. La scène intérieure, le pub, le restaurant, la bijouterie ne sont encore que des montages de palettes. Mais dans trois jours, on sera ici à New York.
« Robert, Patrice, Jérôme et moi sommes partis à New York quatre jours pour nous faire une idée du décor que nous avions envie de réaliser », rappelle Cyrille Bretaud. Pendant que Robert Walde, le photographe, prenait les superbes photos désormais tendues sur les murs, Patrice Bulting et Jérôme Gaboriaud, le directeur et le responsable de programmation, imaginaient avec le scénographe le décor qui irait autour. « Nous voulions que l'expo photo serve de décor à la scénographie, et non l'inverse, poursuit Cyrille. Pour créer un lieu total, un lieu de musique, mais aussi de convivialité, ou tout le monde aura envie de passer. »
Pour la cinquième année consécutive, le scénographe des Rendez-vous de l'Erdre, des Jours de fête à Saint-Herblain, du théâtre national de Mulhouse, a donc créé de toutes pièces un nouvel univers. Clin d'oeil à Mondrian, la moquette de la scène et les gradins sont couverts de couleurs saturées dans des carrés soigneusement délimités.
Mais le petit préféré de Cyrille, cette année, c'est « la transatlatique de pot-pot. » Hé oui, ce n'est pas parce qu'on est grand scénographe qu'on ne peut pas avoir huit ans et demi dans sa tête. Une table, un pont de bois à chaque extrémité qui symbolisent le pont de Saint-Nazaire et celui de New York. Entre les deux, de petits canaux de plastique qui seront bientôt remplis d'eau pour faire naviguer de petits bateaux bricolés.
Deux semaines au lieu de trois
« C'est ça que j'aime avec mon métier », sourit Manfred, décorateur de théâtre depuis quinze ans et comparse de Cyrille depuis huit ans, actuellement occupé à coudre les haubans des ponts miniatures. « Je suis menuisier, mais ici, je ne bricole jamais deux fois la même chose. C'est parfois de petites oeuvres d'art, parfois des blagues comme ça. » Quant à Félix, benjamin du groupe, il en est déjà à son troisième été aux Escales. « Je n'ai que dix-sept ans, admet-il. Mais je veux devenir ingénieur du son. Alors j'apprends les métiers du spectacle, tous les métiers. » Même quand le métier consiste à dessiner patiemment au marqueur les panneaux qui indiqueront le pub et la boutique.
Maelenn, elle, fixe les tentures aux couleurs vives sur les murs. « Cette année, on doit boucler en deux semaines ce qu'on faisait en trois semaines les autres années. L'ambiance est super et l'intermittent ne compte pas ses heures, ça c'est habituel. Mais là, c'est vraiment la course. »
Clara TOMASINI.
Ouest-France