Actualité dossier

La rénovation des quartiers ouest

Édition du samedi 28 avril 2007

L'éducation, le social, la santé d'abord...

Isabelle Rossignol, écrivain, a passé trois mois en 2002 « en immersion » à la Chesnaie. Pour elle, il faut d'abord s'occuper des gens.

En 2002, elle a passé trois mois « en immersion » dans un appartement de la Chesnaie. Expérience rude et enrichissante pour cette Parisienne du Marais, écrivain et sociologue, qui a ainsi vécu au contact direct d'une population en proie au mal être, aux difficultés du quotidien, souvent au chômage, au sentiment de vivre ici en relégation. Isabelle Rossignol en a tiré une pièce de théâtre, « Le champ des tours », publiée en 2003 aux éditions Joca Seria et qui a été montée par le metteur en scène José Richaud avec les habitants du quartier (voir notre édition de jeudi). C'est l'histoire de Simone, 64 ans, qui revient à la Chesnaie, où elle est née, dans une ferme, vivant l'enfance d'une fillette de la campagne, parmi les champs et les vallons. Elle ne reconnaît plus rien des paysages d'autrefois. Les immeubles et les tours ont poussé partout et une question hante Simone : pourquoi les habitants veulent-ils les fuir ? « Pour l'image que le quartier leur renvoie d'eux-mêmes », tranche aujourd'hui, avec un recul de cinq années, Isabelle Rossignol qui considère toutefois qu'« on ne réglera pas les problèmes par le seul biais de l'habitat et de l'urbanisme ». Ce d'autant que, selon elle, ce n'est pas de leur logement que les gens étaient mécontents « mais des poubelles qui débordent et sentent mauvais, des cages d'escaliers sales et dégradées, du bruit ». Le projet de rénovation urbaine est certes une bonne chose mais, « au lieu de regarder les vraies blessures, on porte son attention sur le lieu ». Et ce qu'il faut d'abord ici, « c'est du social, de la psychologie, de l'éducation, de la santé ». Un vrai travail de fond de resocialisation. Autre chose en tout cas que cet accompagnement éducatif qui n'est « qu'un emplâtre sur une jambe de bois ». Une façon « d'occuper les esprits ». Critique à l'égard du projet urbain et de la façon dont il est abordé, Isabelle Rossignol l'est également sur la résidence qu'elle a vécue à la Chesnaie et sur le rôle qu'on lui a fait jouer. « L'action que j'ai menée ici, je suis convaincue qu'elle n'a servi à rien. Un artiste ne peut pas venir comme cela pour « apporter la lumière ». C'est une forme d'instrumentalisation. »

Ouest-France

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