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Lundi vers 9 h : le yacht de rêve approche de la « pince de crabe ». Avec ses deux moteurs de 500 chevaux, qui peuvent la propulser jusqu'à 30 noeuds avec un courant favorable, la pilotine a tôt fait de rejoindre l'Octopus, pour le « servir », comme le dit Michel Stéfan. Patron de la vedette, il se relaie à la barre avec Laurent Allanic. Comme la mer est calme, il n'a guère à déployer cette science de l'approche, si précieuse et providentielle par gros temps. Frédéric Ledeist saute sur le pont du yacht. Il va rejoindre le commandant à la timonerie et, sans pour autant se substituer à lui à la barre, lui transmettre ses directives, grâce à ses connaissances des fonds et des courants. Comme lui et ses collègues pilotes de Loire le font pour tous les bateaux de plus de 75 m, ou transportant des marchandises dangereuses.
Surprise : à peine a-t-il posé le pied sur l'Octopus qu'un matelot lui tend une paire de chaussons bleus, comparables à ceux qui sont de rigueur dans les usines agroalimentaires ou les hôpitaux. Un signe parmi d'autres du soin jaloux dont ce yacht semble faire l'objet.
Aujourd'hui en forme Joubert
On apprendra ainsi plus tard qu'à bord, on regarde d'un oeil circonspect les appareils photos qui pointent en direction du bateau et lui tournent autour. Et puisque l'Octopus doit passer la nuit devant la jetée Est, l'équipage s'inquiète du nombre de navires qui passeront devant lui... A 253 millions de dollars, son prix en 2003, on peut comprendre que son propriétaire, le milliardaire américain et cofondateur de Microsoft, Paul Allen, soit prudent.
A 9 h 30, voici enfin la curiosité du jour, battant pavillon des îles Caïman, en vue de la « pince de crabe », où de rares promeneurs l'attendent. Il jette l'ancre devant la jetée Est. Michel Stéfan et Laurent Allanic, qui est aussi le patron du canot SNSM du Croisic, couvent ce joyau des mers d'un oeil admiratif et connaisseur. Ils apportent quelques précisions techniques : « Il est équipé d'un système de positionnement laser et de stabilisation dynamique. » Traduction pour le profane : des dispositifs électroniques dernier cri lui permettent, une fois ancré, de ne pas quitter sa position et de se guider quasi automatiquement dans ses manoeuvres d'approche.
Les témoins de cette arrivée à Saint-Nazaire ne sont pas au bout de leur surprise et ne vont pas tarder à comprendre pourquoi Octopus tirerait son nom d'un James Bond sorti en 1983, Octopussy. La porte arrière s'ouvre bientôt, découvrant l'abri d'une vedette de 18 mètres. Puis sur le flanc bâbord, un volet s'ouvre, libérant l'accès à une annexe, un canot pneumatique de belle taille qui part à terre chercher des membres d'équipage. Et sur le pont supérieur apparaissent deux petits hélicoptères dont l'un, quelques minutes plus tard, s'envolera. Il paraît aussi que les entrailles du navire recèlent un sous-marin de poche...
On peut encore apercevoir l'Octopus mais plus pour très longtemps. Il rejoindra aujourd'hui la forme Joubert, vers 15 h. Le vraquier qui l'occupe n'a pu lui laisser la place dès hier, comme cela était prévu initialement, mais il partira vers midi, son problème technique ayant été résolu. Dans un ou deux jours, le yacht migrera en forme 1 pour six mois de travaux de carénage. Mais là, plus question de l'apercevoir : une bâche le dissimulera aux regards.