Fillette tuée à Rezé : le grutier demande pardon
Fin du procès qui s'est ouvert lundi à Nantes. Marion, 12 ans, avait été écrasée par une grue en 2004. Le jugement est attendu le 11 septembre.
Et par la grâce de deux grandes photos, Marion apparut. Moment saisissant où l'auditoire a retenu son souffle tandis que l'avocat des parties civiles débutait sa plaidoirie. Marion, à peine 13 ans, écrasée par un camion-grue en octobre 2004 alors qu'elle sortait du collège avec sa classe. Marion, pétillante de vie, dont l'adorable minois a fixé l'auditoire de ses yeux espiègles. Marion la sportive, championne de tennis de table, dont son papa dit : « Pour parler d'elle, il faudrait une journée. »
« Une enfant ne disparaît pas comme ça. C'est pas la faute au Bon Dieu. Alors c'est la faute à qui », interroge douloureusement François Parent, l'avocat de la famille. Dans le box des prévenus, deux ouvriers, deux patrons. Désignés pour avoir, à eux quatre, cumulé erreurs, négligences et manquement aux règles de sécurité. Pour Me Parent, la mort de Marion n'avait rien d'une fatalité. « Ce sont des hommes, chacun à leur niveau, qui ont failli. Consciemment ou pas. »
Le procureur Jean Lecaroz parcourt le dossier, invraisemblable imbroglio technique. Tente de démêler les implications de chacun. S'interroge : « Jusqu'où faut-il remonter dans l'échelle des responsabilités ? » Les réquisitions tombent.
Six mois de prison ferme à l'encontre du grutier, qui a commis « une faute inexcusable » en coupant le système de sécurité pour effectuer sa manoeuvre. Douze mois de prison avec sursis pour l'ouvrier responsable du démontage de la grue « qui n'a pas sécurisé les lieux ». Dix-huit mois avec sursis pour le patron de l'entreprise Soulard, en charge du chantier. Et dix mois avec sursis pour le PDG de la société Mateloc, qui a fourni la grue. « Eux non plus n'ont pas fait leur travail pour protéger le site. »
Les avocats des trois derniers plaident la relaxe, arguant que la faute est indirecte. « Il n'y a pas forcément de lien de cause à effet avec l'accident qui a coûté la vie à la jeune fille », soutient l'un d'eux. Chacun joue sur l'interprétation des protocoles, les détails techniques, le code du travail. Et la froide technicité l'emporte à nouveau sur le reste, comme au premier jour du procès.
Le président du tribunal est conscient de la cruauté du débat. « Mais toute cette technicité est nécessaire. » Le procureur, lui, parle d'un dossier « désincarné ». Rendu particulièrement complexe par des versions « confuses, contradictoires, qui se renvoient sans cesse les responsabilités ».
L'un d'eux ne l'a pas fait. Tête baissée pendant tout le procès, le grutier est le seul à avoir reconnu sa faute. À la fin de l'audience, l'homme éclate en sanglots. « Pardon, je demande pardon aux parents de Marion.
Décision le 11 septembre.
Isabelle MOREAU.
Ouest-France