Festival interceltique de Lorient : le « paquebot » nazairien a fait une belle escale !
Le bagad de Saint-Nazaire et le cercle celtique de Guérande ont donné à Lorient la toute première mouture de leur création « De port à port », une traversée musicale entre les chantiers de l'Atlantique et New York. :
A Saint-Nazaire, le bagad ressemble aux navires de ses chantiers : lourds à terre, si légers en mer.
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Maman a bien raison, il faut être bêta pour ne pas s'en apercevoir : un bagad est bien un bateau avec des jambes. Car s'il n'en avait pas, il ne march'rait pas... A la proue, les bombardes labourent le bitume comme l'étrave du navire fend l'eau. Avec majesté. Au centre, les binioù braz dressent leurs tuyaux au ciel comme autant de grosses cheminées noires. A la poupe, caisses claires et percussions ont un petit côté tape-cul qui vous équilibre le tout et pare autant à la gîte qu'au tangage.
A la barre, un pacha en la personne du penn sonner Christian Méhat, seul maître à bord du seul bagad de Haute-Bretagne à naviguer en première catégorie depuis 1991.
A bord du Bagad Sant-Nazer, amarré à la scène du Grand Théâtre, il y avait du monde lundi soir : les trois pupitres traditionnels, une section de cuivres brillants comme à la grande époque des Transatlantiques. Et concession à la modernité, un ordinateur portable, discret, mais efficace, qui assurait les samples ; dit autrement, des échantillons sonores enregistrés aux chantiers navals nazairiens.
Il y a un peu de tout à bord de ce rafiot qui n'a rien du radeau de la Méduse mais qui pourrait s'appeler Les copains d'abord, lorsque le bagad en entier joue un morceau en hommage à Fifi, percussionniste du groupe décédé brutalement à 38 ans. Croisière musicale entre Saint-Nazaire et New York, De port à port s'ouvre sur des bruits de ferraille, cette musique quotidienne qui ponctue le travail aux chantiers. Sur grand écran, des diapositives racontent l'épopée maritime et industrielle de Saint-Nazaire, depuis les premiers vapeurs à coque métallique construits au XIXe siècle dans les cales de Penhoët, jusqu'au Normandie, au France et au Queen Mary II.
La grande classe du cercle guérandais
Sur le « pont », les musiques se succèdent. Ce bagad aux accents de big band avance à belle allure, dans un cliquetis d'instruments huilés comme des moteurs diesel. Passagers de première classe, superbes dans leurs costumes myosotis et framboise, les danseurs et danseuses du cercle de Guérande exécutent des figures traditionnelles, d'autres originales, d'autres carrément fantaisistes. Les mouvements illustrent la vie paysanne d'avant l'industrialisation, les rapports sociaux entre le patronat et la classe ouvrière naissante. Il y a de la pourlet, de l'an dro dans l'air, mais aussi des échappées vers les traditions roumaines ou japonaises, autant d'escales en Mer Noire ou à Fukuoka.
Embarqués dans l'aventure, les 900 spectateurs sont revenus sur le quai du Grand Théâtre, après une heure et demie de croisière, la mine réjouie et des mélodies plein les écoutilles. C'est ça, l'air de la mer !
Ouest-France