Aéroport : un renfort d'opposants européens
Carol, Paddy, Eliot, Harry, John, Stephen (à gauche) et Marc (à droite) ont rejoint les opposants locaux, comme Julien Durand et Jean-Philippe Magnen.
Le dernier « village breton » résiste encore et toujours à l'aéroport envahissant de Notre-Dame-des-Landes. Mais il n'est plus si isolé.
Marc est venu de Toulouse. John, Paddy, Carol et Stephen ont traversé la Manche pour participer, hier, à un grand pique-nique militant et jubilatoire avec des centaines de convives. D'autres sont venus de l'est de la France apporter leur soutien à Dominique, Anne-Marie, Catherine, Julien et à tous les opposants au projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes.
Femmes du terroir, Catherine Édé et Anne-Marie Chabod réfutent l'idée selon laquelle les opposants ne défendraient que d'étroites revendications locales : « Nous regardons beaucoup plus loin que le bout de notre jardin. Et nous ne sommes plus seuls : des Anglais luttent contre l'ouverture de nouvelles pistes sur les aéroports londoniens, des Toulousains refusent la création d'un nouvel aéroport au sud de leur ville... »
Le coup du pique-prune
Marc Respaud milite contre les aéroports du sud toulousain : « Le transport aérien devrait être géré au plan européen. Il ne faut pas s'étonner que la résistance s'organise, elle aussi, à l'échelle européenne. » John Stewart, opposé à la 3e piste d'Heathrow, et Carol Barbone, qui lutte contre l'ouverture d'une seconde piste à Standsted, opinent : « Nos campagnes de protestation sont similaires : nous rejetons des projets industriels qui menacent la qualité de vie des habitants pour le seul intérêt d'investisseurs et de bâtisseurs locaux. Sans que cela profite à l'économie régionale et nationale. »
Tout au long de la journée, la même incompréhension est revenue dans les discours. « Pourquoi noyer sous le béton et le bitume 2 000 ha de terres agricoles, sacrifier 51 exploitations dirigées par des jeunes éleveurs dynamiques produisant, notamment, 11 millions de litres de lait par an ? Le coût original du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes n'a pas été récalculé depuis, alors que l'inflation est de retour et que le prix des carburants s'envole. Les contribuables vont devoir payer durant des années pour un équipement qui leur sera inabordable. »
Pour les opposants des quatre points cardinaux, promouvoir la construction de nouveaux aéroports dans le contexte économique et climatique actuel « ne relève pas de l'ambition mais du non-sens obstiné. » Catherine Édé souligne les menaces qui pèsent sur un bocage préservé etrésume sèchement : « Les élus et les aménageurs ne sont pas des constructeurs, ce sont des destructeurs ».
Devant les instances européennes, le flûteau nageant, le damier de la succise, l'engoulevent d'Europe et tout un cortège de plantes et d'animaux protégés pourraient bien rejouer le coup du pique-prune, ce coléoptère qui avait bloqué le chantier de l'autoroute A 28, entre Le Mans et Château-du-Loir.
André FOUQUET.
Ouest-France