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Lors de leur tournée, les veilleurs de soirée font de la prévention et s'assurent aussi que les jeunes rencontrés gèrent leur retour en toute sécurité. : Photo Arnaud JaffréPour l'heure, l'ado se la joue fanfaron : « Eh, v'là les meufs qui tournent la nuit pour parler alcool. » Il est aussitôt rabroué par les amies qui l'accompagnent : « Non mais t'as vu comment tu parles ? C'est nase... » « Tout va bien, annonce-t-il. Avec deux copains, j'ai juste bu trois litres de coca aromatisé ». Un cocktail corsé de whisky et de soda ingurgité de façon express.
« Quand je vois son état... »
Léoine et Aurélie, équipières des veilleurs de soirée, interrogent : « Vous gérez comment le retour de soirée ? » « On est à pied, répondent les filles. On a prévu d'aller en discothèque puis de rentrer en bus au petit matin. » « Nous, on n'a rien bu, ajoute Samia, 16 ans. Quand je vois Julien, ça ne me donne pas envie de boire... » La discussion s'enclenche, sans tabou ni morale, sur la consommation d'alcool du jeune homme, régulièrement excessive. Léoine distribue éthylotest, bouteille d'eau, préservatif et document d'information sur les risques qu'engendre l'hyperalcoolisation.
« L'euphorie, c'est être cool et joyeux »
« Tu considères que tu es dans l'euphorie ou dans l'ivresse ? » questionne Léoine. « L'euphorie », assure Julien, qui a prévu de dormir chez des copains. « L'ivresse, corrigent ses camarades de sortie. L'euphorie, c'est être cool et joyeux. Là, tu commences sérieusement à être lourd et chiant. »
« On n'est pas des super-héros »
En aparté, Sarah confie qu'elle « ne sent pas la soirée. En plus, mes parents ne sont pas au courant. » Léoine joue les grandes soeurs : « Si tu ne sens pas la soirée, n'y va pas. » En guise de lapsus, confondant joyeusement « veilleurs » avec « sauveurs », Julien offre un beau compliment à Léoine et à ses collègues : « Vous, vous êtes les sauveuses de soirées. »
Minuit, quai Turenne. Des jeunes s'imbibent copieusement sur les pelouses faisant face au CHU. Un jeune homme somnole dans l'herbe après avoir vomi. « Il n'a bu que quatre verres, rigole un copain, torse nu. Moi, je tiens debout alors que j'en ai pris beaucoup plus. » « Ah oui ? relève du tac au tac Aurélie. Alors c'est pour toi que je m'inquiète. Si t'es encore debout avec ça, c'est que tu as l'habitude de boire. » Benoît, qui s'est « vu sucrer six points pour cause d'alcool au volant », assure le pilotage de la soirée. « Moi, je n'ai pris qu'une bière. Je ramène tout le monde à la maison et hop, on se lâche. Il y a du matos plein le coffre... » « On n'est pas des super-héros, confie Aurélie. On n'empêche pas les gens de se saouler. On n'est pas dans l'interdiction, sinon on se grille auprès de notre public. Le but, c'est d'initier une discussion, amorcer une réflexion. » « On plante des points d'interrogation, renchérit Léoine. Plus tu en plantes, plus la soirée est réussie. »
Yan Gauchard
* Les prénoms des jeunes ont été changés pour garantir l'anonymat.