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A l'occasion des 40 ans de Mai 68, Charles-Henri de Choiseul-Praslin a accepté de dérouler le fil rouge d'une vie militante. : Frédéric GirouHayange, années 50. Du château, les de Wendel règnent sur le bassin minier Lorrain, que le chanteur Bernard Lavilliers a si bien décrit dans Fensch vallée. Henri de Wendel est le dernier représentant de la dynastie. Il est le beau-père de Charles-Henri de Choiseul-Praslin, dont l'enfance sera immergée dans le monde ouvrier. « Chacun fait ce qu'il veut de ses souvenirs, mais je me suis bien rendu compte de ce que c'était que descendre dans les mines ; j'étais le fils du patron. Je peux l'assurer, le travail dans la sidérurgie des années 50, ce n'était pas spécialement confortable. Physiquement, c'était hyperdur. C'est resté dans ma tête. »
Avec le recul, celui qui allait devenir gauchiste juge Henri de Wendel plutôt « humaniste ». « Il a fait de l'industriel paternaliste. Il savait que les gens qu'il faisait bosser, c'était des gens. » Charles-Henri de Choiseul loue aujourd'hui « l'honnêteté, l'ouverture et la modestie intellectuelle » de son beau-père.
Le grand virage. S'il passe d'un avenir tout tracé dans l'élite à un gauchisme parmi les plus radicaux, Charles-Henri de Choiseul le doit sans doute à sa connaissance du monde ouvrier et à sa révolte contre ses études. Mais aussi à une certaine tradition familiale du paradoxe ¯ son grand père, maurrassien, bascule gaulliste en 1940 ¯ et résistante : « Mon père est mort le 5 mai 1945 lors de la libération de la poche de La Rochelle, alors qu'il était marin sur un bateau des Forces françaises libres. »
Les Chantiers. Étudiant « établi » en usine, comme beaucoup de membres de la Gauche prolétarienne, il est d'abord « viré » de Renault Flins. Il choisit Saint-Nazaire et les Chantiers, après un court passage chez Trigano à Trignac. « On a fait le comité d'action des Chantiers, principalement animé par Gaby Cerroni. C'était affilié à la GP, même si c'était créé en dehors. On était une vingtaine. On intervenait dans le mouvement revendicatif sur un thème égalitaire, anti hiérarchique par excellence, la même augmentation de 200 F pour tous. »
La CGT, donc aussi le PC à l'époque, couvent ces gauchistes et concurrents d'un oeil noir et les frictions sont nombreuses. Une nuance cependant : « Quelque chose de remarquable et typique des Chantiers : c'était le seul endroit de France où les gauchistes pouvaient distribuer des tracts à la porte sans se faire virer. Mieux que ça, j'ai sans doute été le seul établi à être viré puis réintégré grâce à une grève. »
Les Baléares. Finalement exclu des Chantiers, « Robert » ouvre « Les Baléares », toujours à Penhoët, et s'associe avec deux amis nazairiens : Renée Cadilhon, dont la mère avait tenu l'établissement quelques années auparavant, et Jean-Claude Chemin, journaliste à Presse-Océan, qui vient donner un coup de main le midi. « C'était plus de boulot que quand je bossais aux chantiers. La plus grande salle accueillait les repas ouvriers le midi, et aussi les départs en retraite des Chantiers, organisés par la CGT. Après m'être bien engueulé avec eux, on s'était réconciliés, ils acceptaient de venir dans un bistrot tenu par des gauchos. C'est aussi la tradition des Chantiers. »
Militant, toujours. Après la GP, Robert retombe sur ses pieds grâce à son expérience d'éducateur, dans le quartier de Beauregard. Il continue aussi à militer. Il s'implique dans le Cnasti, Comité nazairien d'aide et de soutien aux travailleurs immigrés, qui comptera jusqu'à six salariés et disparaît en 2001. Entré au barreau de Saint-Nazaire, il milite au Syndicat des avocats de France. Il s'investit dans « Prévenir et réparer » pour les victimes d'infractions pénales : « Je défendais les auteurs, mais je me rendais compte que les victimes étaient souvent maltraitées au stade de l'enquête. »
Il effectue quatre missions à l'étranger pour la Fédération internationale des droits de l'homme, Il préside l'Observatoire géopolitique des drogues, disparu depuis, et publie en 1991 La drogue, une économie dynamisée par la répression. Toujours préoccupé par « la situation actuelle des quartiers, les « zones » noires qui échappent à l'Etat au profit de mafias ou d'embryons de mafias », il travaille aujourd'hui sur l'Observatoire géopolitique de la criminalité.
Tintinophile, il a publié Tintin, Hergé et les autos, scénarisé un documentaire sur la base sous-marine et prépare un ouvrage historique sur le même sujet. « Une façon de participer à la notoriété de cette ville, et de lui rendre un peu tout ce qu'elle m'a apporté ».
Recueilli par
Jean DELAVAUD.