« L'école doit rester le creuset de la République »
Catherine Pariset (au premier plan), accompagnée de collègues de l'école Dervallières-Chézine, à Nantes, faisait partie des milliers de manifestants qui ont défilé hier à Nantes. : Photo Denis Bourdeau
20 000 personnes ont manifesté, hier, à Nantes et St-Nazaire. Parmi elles, une enseignante, Catherine Pariset. Elle témoigne.
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Le rendez-vous est fixé près du parking à vélos de la place du Commerce, à Nantes. C'est ici que Catherine Pariset, 51 ans, et ses collègues du groupe scolaire Dervallières-Chézine ont choisi de se retrouver avant d'aller manifester. Émilie, Marie-Laure, François, Florence et Virginie sont là. « Je vais défiler en tant que professeur des écoles, mais aussi en tant que salariée mécontente de la politique du gouvernement », prévient Catherine.
La colère est contenue. Cette enseignante en classes de CP et CE1, n'arbore ni banderole hostile aux projets de Xavier Darcos, le ministre de l'Éducation nationale, ni signe distinctif d'appartenance syndicale. À côté d'elle, ils sont des milliers à rallier la place du Commerce. La mobilisation s'annonce forte. Très forte.
Bientôt, ils sont entre 12 000 (selon la police) et plus de 20 000 (selon les syndicats) à défiler à Nantes. À Saint-Nazaire la police annonce 2 000 manifestants, les syndicats 5 000. « Les réformes Darcos ne passent pas. On nous demande de faire du soutien scolaire sur les petites et grandes vacances. Mais c'est inadmissible et démagogique. Le soutien scolaire doit se faire sur le temps de travail ».
« Je suis attaché au service public »
La suppression de l'école, le samedi matin, est aussi mal perçue par Catherine Pariset, qui travaille dans un établissement classé en zone d'éducation prioritaire (ZEP) rassemblant 157 élèves.
« On va rallonger la journée de classe. On veut traiter les difficultés scolaires rencontrées par certains élèves par un «surapprentissage» sans tenir compte du fait que ces difficultés ne sont pas uniquement liées à l'école, mais aussi au contexte socioculturel.
« S'est-on vraiment poser la question de savoir si une journée à rallonge pouvait être bénéfique pour eux ? Croyez-vous que deux heures supplémentaires accordées aux enfants les plus en difficulté vont tout changer ? L'école est indispensable mais l'apprentissage s'acquiert aussi ailleurs, par exemple quand ces enfants ont la chance de pouvoir partir en vacances... ».
La suppression annoncée de huit postes de Rased (Réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté) dans notre région, renforce l'inquiétude de Catherine. « Pour favoriser la progression d'un enfant, on a besoin de multiples regards. Ceux d'un éducateur, d'un psychologue sont complémentaires de celui d'un enseignant ».
Catherine Pariset n'en garde pas moins la foi dans son métier. « Je l'aime et je suis attaché au service public. Mais pour moi, l'école doit rester le creuset où se fondent la citoyenneté et la République. Les réformes Darcos en sont loin. Elles prônent l'individualisation à outrance en occultant le collectif et l'altruisme ».
Denis Bourdeau
Presse-Océan