Édition du lundi 30 avril 2007
Coup de déprime à la supérette
Le projet de rénovation urbaine a aussi une incidence sur le commerce de proximité. Au Huit à huit de la Bouletterie, le moral n'y est pas.
A la supérette de la Bouletterie, sous l'enseigne Huit à huit, Fabienne et Joël Marchand sont en proie aux doutes. Pas sur la qualité de la rénovation urbaine ni la nécessité de redonner un coup de jeune au centre commercial. Mais ils ont repris ce commerce de proximité voilà quatre ans. Après les six premiers mois de galère, les saisons suivantes se sont soldées par de fortes croissances du chiffre d'affaires.Tout allait bien jusqu'à l'automne dernier. Depuis six mois, la rentabilité économique a passé la marche arrière. « Ce n'est pas compliqué à comprendre. Quand on voit tous les jours un ou deux camions de déménagement emporter les familles vers un autre quartier de la ville, la fréquentation de notre magasin chute forcément. Ici on a déjà un panier moyen qui dépasse à peine 6 €, contre 10 € ou plus chez bien des collègues. Si on n'a pas le nombre pour se rattraper... » Entre 120 et 150 clients de moins par jour, le chiffre d'affaires en prend un sérieux coup. « D'habitude, le mercredi on tourne à 600 clients par jour. » A la tête de 400 m2 de surface commerciale, Joël et Fabienne avait le sentiment de tracer leur route : « On travaillait beaucoup, mais il y avait des résultats. On finissait chaque mois à +20 %. Depuis octobre c'est -15 ou -20 %. Le moral est dans les chaussettes. » La difficulté est donc de tenir pendant la période où le quartier va se vider de ses habitants, puis d'assurer le transfert de l'autre côté du boulevard et enfin d'attendre que tous les logements annoncés soient construits et livrés. « Il va nous falloir réinvestir dans des frigos neufs et s'équiper en insonorisation puisqu'il y aura des logements au-dessus. » Aujourd'hui, l'entreprise est dans l'impossibilité d'établir un prévisionnel « d'autant que nous n'avons aucune information précise. On nous a laissé nous installer ici sans rien nous dire. ll y a un an, nous étions prêts à engager de gros travaux. Le dossier bancaire n'était pas loin d'être bouclé, lorsqu'on a appris que nous allions devoir déménager. Heureusement rien n'était signé. » Joël et Fabienne aimeraient que cette perte d'exploitation puisse être reconnue et indemnisée. Pour l'instant rien n'est prévu dans ce domaine. « Il va falloir se résoudre à licencier. Les charges sont trop lourdes. » Textes et photos :Cyrille PITOIS.
Ouest-France